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Jusqu'en 1931, Londres a bénéficié
d'un des plus grands réseaux de tramways d'Europe. Construit et
développé à partir de 1861 sous l'égide de
plusieurs compagnies, il fut unifié avec les réseau d'autobus
et métropolitain, le 1er juillet 1933.
La structure du réseau était basée sur de longues
lignes reliant les faubourgs aux quartiers centraux. Mais les réglementations
interdisaient toute traversée de la City et du West End par les
tramways. Ainsi, la grande majorité des lignes terminaient-elles
en cul-de-sac aux limites d'un périmètre défini autour
du centre.
Seule exception, la traversée souterraine de Bloomsbury (limite
du West End et de la City) par un tunnel, the Kingsway Subway : ce tunnel,
mis en service en 1908, était réservé aux tramways,
rare exemple alors, d'une telle installation en Europe.
La prise de courant s'effectuait de deux façons :
- par un caniveau souterrain dans lequel glissait une charrue (frotteur)
qui prenait le courant sous la chaussée ; la charrue était
placée sous chaque motrice. Ce mode de prise de courant était
largement utilisé sur une grande partie du réseau ;
- par fil aérien dans les lointains faubourgs, à l'aide
d'une perche.
La quasi-totalité du parc était composé de motrices
à impériale, dont la plupart à bogies maximum-traction
(2.630 voitures en 1933). Il n'y avait pas de remorques.
La vitesse commerciale était relativement élevée,
bien qu'il n'y eut que très peu de sites réservés
et pas de réelle priorité sur la circulation générale.
En 1933, le réseau totalisait 327 miles de lignes (environ 546
km).
Pourtant, dès la fin des années
20, les tramways faisaient l'objet d'une inquiétante attention
de la part des pouvoir publics et de certaines personnalités dont
les intérêts étaient proches de ceux de l'industrie
automobile ou du réseau métropolitain (il s'avérait
en effet que les tramways étaient à la fois indésirables
au lobby routier et concurrents de l'Underground). En 1931, il était
admis que les tramways seraient partiellement ou totalement remplacés
par des trolleybus. Une première expérience avait eu lieu
dans ce sens lors du remplacement des tramways par des trolleybus sur
l'ancien réseau desservant Kingston (sud-ouest de Londres).
Néanmoins, les deux grandes compagnies exploitantes, le London
United Tramways (LUT) et le Metropolitan Electric Tramways (MET), mettaient
en service des motrices modernes destinées à la desserte
- et au maintien - des lignes à fort trafic. Mais l'unification
du 1er juillet 1933, sous l'égide du London Passengers Transport
Board (LPTB), renversait définitivement les projets. Sous la pression
du Président du LPTB, ouvertement opposé aux tramways, un
programme de remplacement était mis en place.
Le processus était dès lors engagé le 27 octobre
1935 par la conversion des premières lignes au nord de la Tamise.
En moins de cinq ans, la quasi-totalité des tramways de la rive
gauche du fleuve avait disparu au profit du trolleybus. Au 10 juin 1940,
il restait 1.127 motrices desservant 127 miles de lignes (environ 212
km) au sud de la Tamise. Seules trois lignes de trams pénétraient
encore au nord par le Kingsway Subway. La guerre stoppa le processus de
remplacement et le réseau de tramways resta stable durant une décennie.
En 1948, le LPTB relancait le programme de remplacement des tramways.
Il n'était plus question de faire appel au trolleybus et la substitution
devait se faire par des autobus. En 1949, un calendrier officiel annonçait
le retrait du dernier tramway pour la fin de 1952.
La première étape eut lieu le 30 septembre 1950 avec la
suppression de sept lignes et la réforme de 52 motrices sur les
830 qui circulaient encore alors. Dans le même temps, l'une des
rares lignes de trolleybus desservant le sud de Londres, complément
d'une ligne de tramway supprimée, passait à l'autobus.
Au rythme de la suppression d'un groupe de lignes par trimestre, le réseau
diminua rapidement. Dans la nuit du 5 au 6 avril 1952, le tunnel réservé
aux tramways était définitivement fermé, malgré
les protestations de la "Light Rail Transport League", groupement
favorable à la modernisation des tramways. Ce dernier qualifia
cette fermeture de "crowning folly" (folie suprême).
Enfin, le 5 juillet 1952, les six dernières lignes desservies par
tramways firent face à leur dernière affluence. Au petit
matin du 6 juillet, à 3 heures, l'ultime motrice rentrait défitivement
au dépôt.
Le coût de cette suppression fut colossal : 830 motrices non encore
amorties, onze dépôts, un tunnel réservé, des
voies parfois récentes, furent balayés au nom de la modernisation
et de l'automobile. Comme à Paris, la disparition des tramways
n'empêcha pas le développement anarchique de la circulation
et la baisse de fréquentation des transports publics. Vicitimes
à leur tour, les trolleybus disparurent en 1962, laissant à
l'autobus la desserte de surface dans de médiocres conditions.
Londres entrait dans une longue période d'immobilisme en matière
de transports urbains.

Sources :
"Operation Tramaway" - J. Joyce - Ian Allan
"London Transport Tramways" - E.R. Oakley, C.E. Holland - LTHG
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